Faire sa maison soi même - Les Préliminaires

 

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L’auto-construction ressemble à la traversée de l’Atlantique en solitaire, on ne se lance qu’après mûre réflexion et à la fin de la préparation, on sait qu’on arrivera jusqu’au bout. 

Pourquoi construire soi-même sa maison

Construire sa maison n’est pas seulement une opération économique, un plaisir, une certitude de savoir « comment c’est fait », une façon de tout maîtriser, c’est aussi, par l’ampleur du travail, du temps et de l’énergie à y apporter, une sorte de défi que l’on se lance à soi-même.

Compétences nécessaires

Mener à bien un projet qui peut s’étaler sur trois à dix ans (certains disent « toute une vie ») et nécessite une persévérance qui frise l’obstination. Le gros-œuvre réclame une bonne forme physique et un savoir-faire particulier et aussi un outillage spécifique. Certaines grosses opérations (coulage de dalles, couverture...) ne peuvent se faire sans aide. Les connaissances minimales s’apprennent dans les livres mais surtout sur d’autres chantiers.

 Documentation et autoformation

Les livres, magazines, fiches techniques établies par les magasins de bricolages, etc., à la portée de tous sont nombreux. Il n’est pas nécessaire de savoir calculer un linteau en béton armé mais cela peut être utile d’en avoir compris le principe.

 La lecture des fascicules et plaquettes édités par les organismes plus ou moins officiels (CSTB, EDF...) ou par les fabricants est généralement accessible à tous et apporte l’essentiel. Il suffit de passer quelques jours à Batimat, le salon du bâtiment à Paris, pour rapporter quelques tonnes de documentation dans tous les domaines.

 Quelques années avant de donner le premier coup de pioche, il est bon d’avoir donné un coup de main dans chaque corps de métier à des amis ou voisins en plein chantier. Et il n’est pas exclu qu’ils rendent la pareille en apportant une aide, en prêtant un outil ou en donnant un surplus de matériaux.

 Le cadre légal

Avant d’aborder sérieusement le projet, il ne sera pas inutile de consulter son assureur, son notaire, la mairie du lieu, les services de la DDE et de la DDASS... On évoquera dans le corps de l’article les points particuliers relatifs à la réglementation.

La garantie décennale imposée à tout constructeur professionnel s’applique au constructeur amateur qui revend son bien.

Avant-projet

Un proverbe chinois (ou hébreu, ou arabe...) dit : Si tu veux construire une maison, assieds-toi ! . Il convient donc de s’asseoir, pour réfléchir et calculer.

Évaluation des besoins

Construire pour soi implique de faire l’inventaire de ses propres besoins actuels et futurs, d’imaginer l’évolution de la famille, de son propre mode de vie... Il faut dissocier la part du rêve (indispensable) et ce qui est réalisable, au moins dans l’immédiat.

Il est fort possible qu’un couple vivant dans un appartement en ville ne fonctionnera plus de la même façon quand il sera dans son pavillon rural avec ses trois enfants. On s’efforcera de lister tous les souhaits des personnes concernées puis de faire une sélection après les avoir triés.

Un des avantages de l’autoconstruction est que, vu le temps nécessaire pour réaliser chaque étape, on peut rectifier le tir si de meilleures idées apparaissent en cours de réalisation. 

Estimation des ressources nécessaires

Il s’agit non seulement de la trésorerie indispensable pour acheter les matériaux et l’outillage, payer les taxes (TLE...), frais de raccordements (EDF...) mais aussi le nombre d’heures, l’aide que l’on peut espérer des amis, les outils que l’on peut éventuellement emprunter.

Le temps nécessaire à la réalisation d’un travail est assez difficile à estimer, surtout si c’est une première. On est généralement trop confiant et optimiste.

Recherche d’un terrain

Sujet très vaste. Voici quelques axes de réflexion qui aideront dans la démarche.

Situation géographique, de nombreux paramètres sont à prendre en compte : attachement sentimental et proximité de la famille, des amis, des commerces, des lieux d’activité, de culte et de loisirs, du cadre de vie, de l’évolution future du prix du terrain (aspect placement à long terme), des aménagements prévus ou prévisibles (autoroute, zone industrielle...), des constructions voisines à venir, de la couverture du réseau de téléphonie cellulaire ou de télévision hertzienne...

La distance au lieu de travail se mesure aussi en minutes mais le coût kilométrique doit tenir compte de tous les déplacements au tarif standard des services fiscaux. Tester le trajet futur dans différentes situations (heure de pointe, nuit, transport en commun...). Les distances vis à vis des services (administratifs, médicaux...), des commerces... sont à prendre en compte

Si le terrain est situé dans un lotissement, éplucher le règlement du lotissement. On y rencontre souvent des contraintes inattendues et dissuasives. Demander conseil à son notaire.

Situation climatique : orientation, ensoleillement, force et direction du vent dominant, précipitations moyennes (voir agence Météo-France locale), bruit en semaine, le dimanche et la nuit, risques naturels (sismique, inondation...) et industriels (nucléaire, pollution...), enneigement et état des routes... On aura intérêt à interroger largement la population de l’endroit, les futurs voisins, les anciens, les services municipaux, son notaire, les services de la DDE (Direction départementale de l’équipement)...

Coût maximum dans le budget total. Il est plus facile d’agrandir une maison qu’un terrain, on a parfois intérêt à prendre un terrain un peu plus grand et à réduire l’importance de la construction, dans ses dimensions ou dans son aménagement.

Prix d’achat : s’agit-il d’un terrain vraiment viabilisé ? S’il n’a pas de CU (Certificat d’urbanisme), on peut se rendre à la DDE pour obtenir des renseignements. Comparer non seulement le prix au m² mais aussi le prix total après viabilisation complète. Un terrain est un tout, pas une juxtaposition de mètres-carré.

Prix de revient réel : pour chaque terrain sélectionné faire l’inventaire de tous les frais qui viendront s’ajouter au prix d’achat (raccordements et voies d’accès, taxes locales, terrassement, clôtures, assainissement...)

Coût de la vie dans le secteur concerné : impôts fonciers et immobiliers, prix de l’eau...

Le choix est ensuite une affaire de compromis et de feeling.

La prospection est parfois laborieuse. Aux abords des villes, les terrains sont petits et rares. En dehors du tour des agences immobilières et l’analyse des petites annonces, on peut essayer d’interroger chacune des mairies située dans la zone intéressante pour dépister les projets de lotissements communaux, consulter les plans d’occupation des sols (POS) pour y repérer les terrains constructibles non viabilisés...

Planification des travaux

Dans le chapitre Estimation des ressources, on a calculé la capacité globale en heures de travail disponible par mois. Par corps de métier, le temps nécessaire à la réalisation doit être calculée en heures de travail pour déterminer une durée en semaines de chaque grande opération. Pour cela il est indispensable de tenir compte de la saison, des périodes de vacances, de la disponibilité des matériels et outillage à emprunter...

A l’aide de tous ces éléments on pourra établir un planning sommaire qui permettra de déterminer les échéances-clés du projet. Il existe des outils informatiques simples de planification qui faciliteront grandement ce travail. Pendant la réalisation, l’avancement des travaux pourra être suivi plus précisément.

En parallèle avec le calcul des heures, sera effectué le calcul des besoins en trésorerie. Les grandes dépenses seront positionnées dans le temps et les ressources financières nécessaires seront évaluées (quel montant et à quelle date). 

Prévoir les évolutions futures

A défaut de boule de cristal, un peu d’imagination suffit pour prévoir les besoins futurs de la famille à qui est destinée la maison. Il vaut mieux prévoir l’installation de capteurs solaires et n’en mettre jamais que de regretter de n’avoir pas un pan de toit plein sud. Des combles aménageables ne sont pas plus coûteux que des combles qui ne le sont pas. Et s’ils sont aménageables l’intégration d’un escalier doit être prévu dès le début du projet.

Quelques idées parmi des centaines :

Accès séparé pour l’étage en cas de location d’une partie de la maison.

Plutôt qu’un vide sanitaire, pourquoi pas un sous-sol tout de suite ?

Une alarme périphérique, des commandes électriques de volets roulants, un câble d’antenne ou de réseau informatique nécessitent des gaines qu’il ne coûte pas cher de poser lors de la construction.

Il n’y a jamais trop de prises de courant, ni trop de points d’alimentation en eau et d’évacuation.

Envisager la pose de « Velux » avant la mise en place des pannes intermédiaires.

Le percement d’une ouverture de fenêtre est facilitée si un linteau a été coulé dès la phase de maçonnerie.

Motoriser un portail ou installer un lampadaire extérieur est beaucoup plus simple si une gaine de canalisation électrique a été enterrée avant le remblaiement.

Étude architecturale 

Esquisse

Une maison peut être considérée comme un ensemble de volumes protégés, destinés à abriter diverses fonctions vitales d’une famille : se nourrir, dormir, travailler, se distraire, faire sa toilette, recevoir des invités... Elle doit permettre non seulement à la famille de s’isoler des agressions extérieures (froid, chaleur, intempéries, intrusions diverses, regards...) mais aussi donner à chacun des membres de la famille la possibilité de s’isoler du reste de la communauté tant sur le plan du regard, des odeurs, que du bruit...

Lorsqu’un inventaire le plus complet des fonctions à assurer est terminé, on peut juxtaposer les volumes destinés à remplir ces fonctions et tenter de les relier entre eux de la façon la plus judicieuse. Il reste ensuite à imaginer la coquille qui protègera le tout et à intégrer cet ensemble dans un espace tout aussi hérissé de contraintes : le terrain et son environnement.

Implantation du bâtiment

L’inventaire des contraintes extérieures au bâtiment et des divers espaces intérieurs à la maison va permettre l’implantation de cette dernière sur son terrain.

Exemples :

Position des chambres par rapport au lever du soleil, aux sources de bruits externes (rue, industrie, vent...) ou interne (lingerie, télévision, salle-à-manger...), à l’accès de la salle de bain...

Orientation du pan de toit par rapport au soleil, des fenêtres du salon par rapport à la vue extérieure,

Position des salle-de-bain, cuisine, WC par rapport aux évacuations (assainissement, égouts).

Porte d’entrée et de garage au plus près du chemin d’accès.

Façade à présenter vers le visiteur

Position du bâtiment par rapport aux limites de propriété, compte tenu du chemin d’accès et de l’aménagement futur du terrain (jardin potager, future piscine, terrain de jeu...), du règlement de lotissement ou des règles locales d’urbanisme, des servitudes, des tranchées à effectuer, de l’accès du camion de vidange (cas d’une fosse toutes eaux) ...

La position et la taille des ouvertures sont aussi déterminées par les rayons du soleil, la vue extérieure, le dessin des façades.

Une véranda est non seulement un lieu de vie à mi-chemin entre l’extérieur et l’intérieur, c’est aussi un espace tampon qui isole du froid, du vent, de la pluie... et permet de ranger chaussures, parapluie, bûches pour la cheminée, plantes fragiles pendant l’hiver...

Les dénivellations déterminent la hauteur du bâtiment et surtout son point le plus bas, compte tenu des écoulements d’eau de ruissellement et de drainage et des évacuations d’eau usées.

La conception d’une maison réclame beaucoup de temps, d’essais ratés, de nuit-qui-porte-conseil, d’idées géniales et de papier de brouillon. Il ne faut pas hésiter à reprendre tout à zéro et à remettre l’ouvrage sur le métier autant de fois qu’il sera nécessaire. L’observation et la visite d’autres maisons sont très enrichissantes.

Choix techniques particuliers

La construction projetée sera déterminée aussi en fonction de l’architecture locale :

  • forme générale, nombre d’étages (maison de plain-pied),

  • pente du toit, type de couverture (tuile, shingle...)

  • matériaux utilisés (colombages, bardage, sous-bassements en pierre...)

  • position des conduits de fumée, forme des lucarnes

  • style des fermetures (volets, fenêtres...)

  • entrée de la lumière du jour en fonction des heures et de l’occupation des locaux.

  • ou des évolutions futures :

  • installation de capteurs solaires, piscine, aspiration centralisée, vide-ordure...

  • extension du bâtiment (nouvelle aile, garage, terrasse, véranda...)

  • combles aménageables, sauna,

  • vide sanitaire, ou sous-sol (petites ouvertures, cours anglaises...), cave à vin...

La question à se poser à chaque étape est : « et si un jour on voulait faire... ». Penser aussi à l’évolution des goûts, la mode actuelle paraîtra peut-être ringarde dans une paire de décennies.

 

 

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